Zone de Texte: La corrida  : TEXTES d’ELISABETH HARDOUIN FUGIER
PROFESSEUR DES UNIVERSITÉS

DROCOURT   ANTI-CORRIDA 

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« Victor Hugo:  Torturer un taureau pour le plaisir, pour l’amusement,

c’est beaucoup plus que torturer un animal, c’est torturer une conscience »

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ANALYSE DU RAPPORT 

La corrida en France, fiche type d’inventaire du patrimoine immatériel de la France (désigné par RAPPORT)

 

08/05  -  Dans ce RAPPORT notre analyse consiste

1- à fournir les phrases, entre guillemets, situées dans le texte du RAPPORT, désignées  par leur page (en chiffres romains: IV) et leur ligne attribuée (de façon indicative, car la transcription en Word, ajoute parfois des alinéas) dans la page (en chiffres arabe : 10), éventuellement, à les résumer.

2- à regrouper ces citations par thèmes, car les arguments sont très dispersés

3 –à proposer, en caractères gras, une analyse  de ces données, à la lumière des récentes investigations sur la corrida, indiquées dans la bibliographie

ABSTRACT

I Une interprétation domine le RAPPORT. Cette vue  poético-littéraire se réfère ( IV, 44 ; V,9, X, 30 ) au Miroir de la Tauromachie de M. Leiris (1937), aujourd’hui supplantée par des discours de nature esthétique et écologique. Bien des déclarations actuelles, aficionados ou non, affichent ou suggèrent clairement d’autres appréciations, sans exclure l’intense jouissance sadique de bien des spectateurs.

II La corrida de muerte bien française L’histoire de l’introduction de la corrida en France présentée dans le RAPPORT  est faussée par sa concision. Naturaliser français un spectacle appelé Corrida de muerte est impossible : les éleveurs français de toros, et les jeunes matadors, constamment évincés par les Espagnols le savent bien. L’écologie si vantée dans le RAPPORT nie une évidence : les toros d’un seul éleveur ont suffi à transformer en désert les zones humides protégées de l’étang de Vendres (embouchure de l’Aude) Les chasseurs, jadis aficionados, sont devenus des plaignants barrés dès leur dépôt de plainte en justice.

 Les enfants français méridionaux, constamment sollicités par la corrida, sont exposés à subir l’amputation de leurs sentiments d’empathie et la blessure de leur sensibilité. Michelito est exhibé en piste : il tue dix veaux à l’épée depuis l’âge de 5 ans.  Les contribuables méridionaux financent malgré eux ces « écoles ». Leur opposition aux corridas s’accroît à chaque sondage (on approche les 70% d’opposants méridionaux)

III D’effroyables autopsies par les vétérinaires d’arène espagnols

Le RAPPORT évacue la technique, l’effet des quinze armes successivement enfoncées dans l’animal (d’estoc, non de taille). Les mots pique, banderille apparaissent une fois, sang, jamais, puntilla jamais, mise à mort au sol, jamais.Les vétérinaires de la plus grande arène européenne (Madrid) autopsiant 90 taureaux, montrent  3 coups de pique de 22 cm (= 66 cm) infligés à chaque taureau, sur la zone dorsale (emplacement visible dans toutes les photos de presse) et non sur le morillo comme le croit encore le RAPPORT. Les mots de souffrance, douleur n’apparaissent pas.

Nous donnons la parole à quelques journalistes qui s’expriment contre une décision prise au rebours des principes élémentaires de la démocratie.

I- LA CORRIDA MAGNIFIÉE

A- UN RAPPORT POÉTIQUE

1-ARCHAÏSME VALORISANT

Leiris, écrivain de talent, signé comme ethnologue mais écrit comme poète, détecte dans la corrida  des traits de magie, d’alchimie et d’archaïsme sacrificiel, ces thèmes sont à la mode  après Montherlant, à l’époque du « mythe du mythe »  Au début du XXème siècle,une archéologie méridionale prometteuse et féconde, semble permettre de placer la corrida dans la « nuit des temps » (III, 19), Une « civilisation méditerranéenne »,  (V, 9,10)  pare la corrida d’une « éminente valeur symbolique depuis la plus haute antiquité » (VIII, 2), de valeur « de sacrifice » (VI 6), et même fusionnelle : « s’identifie à lui » (IV, 34-5)

Leiris récuse et dénonce son détachement, voire son mépris de la corrida dès l’après-guerre : « j’ai fini par liquider l’amour de la corrida...devenue « grotesque boucherie ». Ni les archéologues, ni même l’aficion ne croient plus en cette fausse archéologie dénoncée dans l’article Mithra du dictionnaire aficionado de référence a « les aficionados...ont tort » (la Tauromachie, Histoire et dictionnaire, R. Laffont, 2003, p. 652).

Il est facile de démontrer que, loin d’être un sacrifice, la corrida reproduit minutieusement les rites des exécutions publiques avec supplice, aujourd’hui bien documentées par les historiens : on y retrouve encore les rites judiciaires solennels, et les modes d’exécution, en particulier les « supplices additionnels » infligés aux condamnés, pour le taureau les banderilles de feu, (aujourd’hui appelées « veuves ») et jusqu’à l’inversion de la foule invectivant (jadis l’exécuteur, aujourd’hui le torero) ratant le coup fatal, comme pour s’innocenter d’être venu jouir d’un spectacle.

12/05  -   L’imaginaire plane sur ce Rapport autant que sur l’arène

« L’UTILEMENT SANGLANT »

« inutilement sanglant » : le rapport  texte dénonce ainsi l’ancien étripement des chevaux par les taureaux mais évacue l’ « l’utilement sanglant » du   texte où sont absents les mots sang et puntilla. Pour connaître la réalité de la corrida, il faut recourir aux autopsie de 90 taureaux combattus à la San isidro (1998) par les vétérinaires de l’arène de Madrid. Chaque taureau reçoit trois coups de pique s’enfonçant (en moyenne) à 22 cm chacune donnés sur la zone dorsale, une des plus  innervée du corps. C’est donc un semi-mort, un fantôme de taureau  sur pattes que « combattent » les matadors.

. L’absence du mot puntilla, poignard, dispens de décrire un puntillero qui s’acharne à atteindre la moelle épinière de l’animal affalé pour le « supprimer » (sic), car les 80 cm d’épée plongée dans le thorax sont rarement mortels. Des  coups de puntilla répétés, parfois jusqu’à 30, lésent la moelle épinière plus que le cervelet. Le taureau, le plus souvent paralysé, reste sensible. On  traîné à l’abattoir de l’arène pour le saigner, donc souvent à vif.

 Escamotant cet épisode, le Rapport évoque le tour d’honneur accordé à la « dépouille (sic) » de la victime, devenue « héros de la cérémonie »  auquel la corrida offre la « seule fin digne de lui et de son combat », qui sertait aussi un « acte d’équité » . Les auteurs exhument le vieil argument d’une égalité des chances entre homme et bête, plus inexistante que jamais, la dangerosité étant aujourd’hui très diminuée et le taureau étant amené au combat malgré lui.

DE SURPRENANTES MÉCONNAISSANCES

Le Miroir de la corrida de M. Leiris est donné comme fondateur de toute interprétation, alors qu’il déclare avoir « liquidé l’amour de la corrida.. ;devenue grotesque boucherie ». Il a mis à la une interprétation sacrificielle du spectacle, aujourd’hui abandonnée par le dictionnaire aficionado de référence (Laffont, 2003) qui déclare le culte de Mithra étranger à la corrida.

Le Rapport prétend que le taureau apporte aux citadins l’image d’une sauvagerie primitive : or nul animal n’est plus trafiqué que ce bovin, archi-sélectionné, fabriqué à coup d’embryons surgelés ou implantés, de pienso diététique, confiné dans d’étroits territoires, piqué d’anabolisants (100 kg dans les derniers mois), mutilé de ses cornes, drogué, purgé, loin des « actions domesticatoires (sont)aussi discrètes et distanciées que possible ». L’élevage des taureaux, loin de créer des « réservoirs de biodiversité » est un fléau écologique qui a transformé une partie de l’ancienne embouchure de l’Aude (Vendres) en océan de boue pétrifiée, chassant des chasseurs privés de tout gibier.

L’histoire de l’implantation de la corrida en France est inexacte : loin d’être, peu après l’introduction par Napoléon III  (1853) un objet d’ « engouement rapide », l’entrepreneur navarrais fait faillite dès 1862. Les éleveurs espagnols conquistadors visant un marché français sont rejetés de nombreuses villes, Arles préfère ses jeux taurins jusqu’à la fin du XIXème siècle. L’époustouflante arène-théâtre parisienne de l’exposition universelle de 1889, en faillite, est détruite. La résistance acharnée de la journaliste Séverine et des pro-dreyfusard, Zola en tête, chasse la corrida de la région parisienne.

CORRIDA DE MUERTE OBSTINÉMENT ESPAGNOLE

Il a fallu le bouleversement d’un après-guerre disposé à « tout croire pour tout oublier » pour que la loi Grammont soit dépouillée de son application en des zones réputées de tradition taurine (1951) La reconnaissance de l’animal comme être sensible (1976), accentue une incongruité juridique de plus en plus souvent dénoncée.

La corrida ne s’est jamais naturalisée française, son vocabulaire reste  espagnol : la lettre A du dictionnaire de référence comporte 109 mots techniques espagnols contre 12 français. Les éleveurs français  se plaignent d’une concurrence ibérique qui contraint 94 % d’entre eux à l’élevage alimentaire, même s’ils reçoivent les subventions européennes. Dans les arènes françaises, seulement 1/8 des acteurs en piste, hommes et bêtes, sont français, le matador Jean-Baptiste devien Juan Bautista. La France a des arènes, mais la corrida de muerte reste une intruse pour 80 % des Français.

Avec candeur, le Rapport juge évident que tout contribuable doive financer la « passion » de quelque 7000 aficionados français. Informé, par une presse désormais souvent impartiale, le payeur-malgré-lui s’exprime maintenant dans les sondages : Nîmes, capitale taurine des Gaules abrite de 70% d’opposants  au financement public des corrida.

Pourtant, un drame subsiste : des écoles taurines subventionnées amputent chaque année de très jeunes enfants de leur empathie naturelle, peut-être les traumatisent à vie, en leur enseignant à larder des veaux de coup d’épées dans le secret d’élevages privés.

 

 

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