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2010 : UN REGAIN BIOLOGIQUE EMBELLIT LE MAROC L’importance des plus petits A propos d’espèces prétendument disparues... Il est de bon ton, en cette année de la biodiversité, de dresser des bilans. Au Maroc, vaste nation constituée d’une riche mosaïque d’écosystèmes, pays détenteur de la plus généreuse biodiversité en Méditerranée occidentale, le constat est le même qu’ailleurs : le recul statistique des présences d’espèces végétales et animales est inquiétant. Partout, ce déclin touche l’universalité spécifique, du plus petit au plus grand, de la faunule aux espèces climaciques, d’une libellule à un félin en passant par un serpent ou un rapace. Il en est ainsi dans toutes les contrées de la sphère paléarctique, et notamment depuis un siècle dans le zonobiome méditerranéen. Mais au fil de mes études, j’ai pu constater que le Maroc se distinguait par un bon maintien de la flore et de la petite faune, et même, selon les ornithologues, des oiseaux dans leur grande majorité, et ce, contrairement à ce qui se passe sur l’autre rive de la Méditerranée, en Espagne et dans toute l’Europe. C’est une exception et une compensation digne d’être proclamées. Pourquoi ? Tout simplement par la parcimonie du recours aux biocides, l’extrême localisation de l’agriculture intensive et le maintien des cultures vivrières, plus respectueuses du milieu. Si l’on exclut quelques régions très circonscrites, devenues hélas de véritables déserts agraires, comme celle d’Agadir et de son agrumiculture contestable, les produits bios avant la lettre sont partout la norme, notamment en montagne et dans les douces régions oasiennes. Quant aux épandages massifs, ils sont exceptionnels, n’étant opérés (erronément à mon avis) que lors des invasions sporadiques acridiennes ou (de moins en moins) comme lutte (illusoire) contre certains « parasites » telle la Processionnaire du cèdre. Le surpâturage, vrai fléau du pays, ne parvient pas, quant à lui, à une éradication finale des invertébrés, y compris des plus éloquentes espèces de papillons et de coléoptères autochtones, éminents indicateurs de la valeur des habitats et des sols. Les troupeaux, de plus en plus surnuméraires, aux parcours devenus fatalement sédentaires dans trop de régions, sont évidemment un désastre, mais ce désastre reste nettement moins grave qu’un empoisonnement systématique et irréversible des sols, comme en sont responsables les biocides à haute dose dont on abuse depuis des décades en Europe et partout où domine le productivisme agricole et forestier. Insecticides, herbicides, fongicides et autres biocides s’insinuent irréversiblement (absolument) partout et induisent une véritable mort biologique des sols initialement les plus fertiles. Le pastoralisme excessif, s’il décape hélas bien trop d’habitats, laisse tout de même et fortuitement pas mal de zones épargnées, que ce soit en forêt ou en montagne. Moutons et chèvres vont (presque) partout mais laissent des chances à un regain dont on sait le formidable potentiel au Maroc. Cela peut sembler paradoxal pour le néophyte ou l’agronome perverti, mais à long terme, une terre aride et vierge parce que jamais traitée reste plus féconde qu’un noble substrat d’humus dopé d’intrants. Au Maroc comme tant dans toutes les contrées sous-polluées, il suffit d’un hiver bien arrosé ou d’une mise en défens, pour que le miracle se fasse, pour que tout renaisse, pour constater une embellie. Mieux que n’importe quel Parc ou Réserve (dont on ne peut exclure l’impact des traditions usagères), les innombrables reboisements qui ponctuent le territoire ont au moins l’immense mérite de créer de nouveaux sanctuaires de la Nature et d’induire la renaissance de biocénoses très dynamiques. C’est bien pourquoi je milite pour une meilleure longévité du maintien de ces périmètres en protection. Je me permets de donner deux conseils écologiquement prosaïques pour aider au sauvetage des écosystèmes du Maroc : 1) Continuer la politique volontaire de contrôle et de restriction des filières ovine et caprine, notamment pour ce qui concerne l’aspect sylvopastoraliste (ce terrible parcours en forêt) ; 2) Tenter de résister aux multinationales spécialisée dans la mort agrochimique, lesquelles, de plus en plus critiquées et perdantes dans le monde occidental (où le mal est fait), s’en prennent maintenant aux nations émergentes en y redoublant leurs efforts de séduction marketing. Un peu comme ce qui se passe vec la lutte mondiale contre la nicotine… Entomologiste rompu au terrain marocain, je suis ainsi parvenu à retrouver la plupart des papillons que l’on disait perdus. J’ai prouvé, observations à l’appui, qu’ils étaient peut-être perdus de vue, mais pas du capital biopatrimonial. Peu s’en faut ! Il faut dire qu’un certain acharnement est en amont de ces retrouvailles et qu’un naturaliste de passage ne pourrait prétendre à de tels résultats. Si moins de 10 % des cols de montagnes sont accessibles par route, le réseau des pistes et des chemins muletiers représente un maillage incroyable pour accéder à des écosystèmes d’une naturalité encore palpable. Et les forêts profondes, les ravins cachés et certains secteurs sahariens propices gardent bien leurs secrets. Si vous êtes amoureux d’écosystèmes originaux, de biodiversité enchanteresse, n’hésitez pas à venir vivre votre écotourisme au Maroc, et notamment dans le Rif, les Atlas et au Sahara. Il n’existe pas d’univers plus dépaysant à deux pas de l’Europe, pas de peuple plus accueillant non plus. Et j’exhorte les ONG internationales et les entités de coopération à épauler ce pays dans ses valeureux efforts pour la pérennisation d’une biodiversité que l’on dit chancelante. Des preuves comme des joyaux ailés... Voici, parmi plus d’une centaine inventoriée, quelques exemples de Lépidoptères remarquables, que les scientifiques disaient en déclin ou déjà éradiqués, toutes espèces-ombrelles (indicatrice d’un riche cortège) et dont je puis cautionner la présence avéré. Zerynthia rumina, espèce sensible, fut partout retrouvée (cartographie de 85 localités !) : Euchloe tagis, espèce en voie d’extinction au Maroc, est bien présente dans le Nord rifain : Euchloe falloui, transfuge du Moyen Orient et seulement signalé de quelques rares localités marocaines jusqu’aux années 1990, je l'ai finalement observé dans 35 stations où il vole à foison :http://perso.wanadoo.es/tarrieri/papillons/Euchloe_falloui.htm Cigaritis zohra, initialement connu d’Algérie, je l'ai découvert au Maroc en 2005 :http://homepage.mac.com/jmdelacre/Cigaritis/Cigaritis.html Thersamonia phoebus, un endémique soi-disant « au bout du rouleau », cette merveille abonde dans l’Anti-Atlas : http://perso.wanadoo.es/tarrieri/papillons/Thersamonia_phoebus.htm Contacter l’auteur pour la reprise de cette information ou des données complémentaires : tarrieri@wanadoo.es Michel Tarrier, Entomologiste, écologue, écosophe.
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