- 04/06 - Les vétérinaires sont aussi sur le pont
« Chère Madame, Chère Mademoiselle, Cher Monsieur,
J'aurais aimé vous adresser un message personnalisé, mais je vous connais trop peu pour le faire. Et puis, je vois que vous constituez un groupe, dispersé sur le territoire mais uni dans une même action. Alors, j'ai choisi d'envoyer ce message écrit pour tous, mais adressé à chacun.
Je suis attentivement, grâce à Monsieur Dary, ce que vous faites pour le Collectif et je dois dire que je ne sais pas comment vous remercier. Alors, je vous dis simplement ma profonde reconnaissance pour votre investissement dans notre cause qui est d'associer un maximum de vétérinaires à la dénonciation de l'horreur perpétrée dans les arènes. Ma profession ne peut pas rester sourde et aveugle à cette barbarie, comme elle ne peut ignorer toute autre situation où des animaux souffrent. Je ne sais pas si l'on peut faire une hiérarchie dans les situations de souffrance. Je dirais plutôt qu'une hiérarchie n'a pas lieu d'être. C'est à chacun de choisir une cause à défendre selon des raisons qui lui sont personnelles. Nous avons choisi de lutter pour l'abolition de la corrida et cela nous réunit. Vous, moi, participons dans la mesure de nos moyens à cette lutte et, vous, vous avez choisi de consacrer une partie de votre temps à aider le Collectif des vétérinaires. Monsieur Dary a su trouver les mots pour que vous le fassiez mais vous avez su trouver ensuite l'énergie pour agir. Quant à moi, j'essaie ici de trouver les mots pour vous dire que je suis ému de ce que vous faites.
Voyez-vous, sympathisant pendant longtemps, il n'y a pas beaucoup plus d'un an que je suis devenu militant, donc sans doute beaucoup moins de temps que vous. J'ai cependant déjà connu des périodes exaltantes et d'autres éreintantes. Et, si le découragement vous saisit parfois, je vous comprends. C'est pourquoi je veux vous dire que chaque signature de vétérinaire que vous avez apportée au Collectif n'a pas de prix, ou plutôt a bien un prix, celui de votre dévouement et de votre temps pris sur autre chose. J'étais dubitatif quand Monsieur Dary me parlait de centaines de signatures à venir. Il faut bien que j'admette qu'elles sont là. Il me parle maintenant de milliers de signatures... Maintenant, je dis pourquoi pas.
Ce Collectif vétérinaire doit marquer les esprits par son ampleur. Des milliers de membres seraient du jamais vu. Et tout cela grâce à Monsieur Dary, grâce à vous, grâce à des consoeurs et des confrères, grâce à Nathalie Milhas, Jean-Paul Richier et moi. Grâce à nous tous réunis.
De tout coeur avec vous, je vous salue en espérant que nos chemins se croiseront.
Jean-François Courreau - Co-fondateur du Collectif des vétérinaires pour l'abolition de la corrida »
--
Professeur Jean-François COURREAU - Service de Zootechnie / Génétique, Ethnologie
Responsable du Centre d'Accueil de la Faune Sauvage (CEDAF)
Ecole Nationale Vétérinaire d'Alfort, 7 avenue du Général de Gaulle 94704 Maisons Alfort Cedex
Tél: 01 43 96 71 46 / 06 88 02 41 40
=> Réaction des vétérinaires-anticorrida
« Ce 22 avril, certains ont dû consulter leur calendrier pour voir s'ils n'étaient pas en avance de trois semaines.
Mais non, nous n'étions pas le 1er avril, nous étions bien le 22 avril.
Et, oui, la corrida a bien été inscrite par le ministère de la Culture et de la Communication au patrimoine culturel immatériel national. L'annonce en a été faite par le petit monde taurin, ravi de son coup, à l'occasion de la féria d'Arles.
On trouve donc sur le site du Ministère une fiche d'inventaire dédiée à la corrida... dans la rubrique "Pratiques sportives" (ça a dû être difficile à classer).
La rubrique "Pratiques festives" contenait déjà de son côté, depuis octobre 2010, quelques chevaux de Troie, ainsi les fiches
- Hèstas e Hestaires, Fêtes et Festayres, avec leurs "courses de taureaux empruntées à la tradition espagnole", et la référence aux 4 arènes de 1ère catégorie du Sud-Ouest (Bayonne, Mont-de-Marsan, Dax, Vic-Fezensac).
- Fêtes de Bayonne, avec leurs "corridas" (une corrida à cheval est prévue cette année).
- Fêtes de Dax, avec leur "cycle de corridas" (neuf spectacles taurins espagnols sont prévus cette année)
La pétition de refus de l'inscription de la corrida au patrimoine immatériel, mise en place par le CRAC Europe et soutenue par Jacques Dary, était à cet égard une initiative pertinente (même si la liste des signataires demande à être un peu nettoyée).
La Fédération des Sociétés Taurines Françaises commente : "C'est un premier pas vers l'inscription au patrimoine de l'UNESCO".
Pour rappel, la notion de patrimoine culturel immatériel (PCI) vient compléter la notion classique de patrimoine culturel (lieux, monuments...), et a été consacrée par la Convention pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel, adoptée par l'UNESCO en 2003.
La reconnaissance d'une pratique comme appartenant au PCI comprend deux échelons distincts :
- Un échelon national
A ce niveau ce sont les États qui font leur petite cuisine, d'après des dossiers réalisés par des organes publics et/ou des associations (en France, réalisation de fiches d'inventaire sous l'égide du Ministère de la Culture). Nous pouvons être fiers : la France est à cette heure le seul des huit pays taurins de la planète a avoir obtenu cette étape pour la corrida... Même l'Espagne ou le Mexique n'ont pas osé.
- Un échelon international.
Il s'agit notamment de la fameuse liste représentative du PCI, qui a de par sa reconnaissance internationale une force symbolique et une force juridique particulières. Nous n'en sommes pas là.
On lit dans les dépêches que le ministère de la Culture a déclaré :
"la corrida a bien été recensée au patrimoine immatériel de la France par une commission ethnologique au sein du ministère de la Culture en janvier", au "même titre que la tarte tatin, le fest-noz, la tapisserie d'Aubusson, les parfumeurs de Grasse".
Certes. Mais la tarte tatin ne repose pas sur le sang, la souffrance et la mort ; le fest-noz ne provoque pas de polémiques depuis 160 ans ; la tapisserie d'Aubusson n'est pas sanctionnée par le code pénal sur les neuf-dixièmes du territoire ; et les parfumeurs de Grasse ne suscitent pas dans les enquêtes d'opinion l'opposition des trois-quarts des Français
On lit que le ministère de la Culture s'est quand même cru obligé de souligner que cette inscription relevait simplement "l'existence factuelle d'une pratique et d'un développement alentour d'un certain nombre d'éléments de nature culturelle" et qu'elle n'impliquait "aucune forme de protection, de promotion particulière ou de cautionnement moral".
Certes. Mais prendrait-on pour la simple constatation d'une existence factuelle, sans cautionnement moral, l'inscription par un pays à son patrimoine immatériel des crimes d'honneur ou des mutilations génitales féminines, au motif qu'ils procèdent dans certaines régions d'une tradition locale ininterrompue admise par le droit coutumier ?
Là, les taurins répondent en choeur et la bouche en coeur : "Voyons, vous n'allez pas mettre sur le même plan l'être humain et l'animal !". Mais le problème ne se pose pas en ces termes. Il s'agit simplement de savoir si on inclut certains animaux, notamment les mammifères, dans le champ des considérations morales. C'est une question qui prend une place de plus en plus importante dans le débat public, en France comme ailleurs. Le ministère de la Culture ne trompe personne en balayant ces considérations morales d'un revers de main
En prenant cette décision, le ministère de la Culture prend bel et bien position contre les défenseurs des animaux, et il le sait parfaitement. Il n'y a d'ailleurs, pour s'en convaincre, qu'à jeter un coup d'oeil sur les réactions à cette inscription sur les divers sites et blogs taurins
Signalons qu'en janvier dernier, le département du ministère en charge du patrimoine immatériel a participé à l'organisation d'un colloque intitulé "Droit et patrimoine culturel immatériel", dont l'un des thèmes était "PCI et conflits de valeurs", avec deux interventions consacrées à "PCI et éthique". L'une de ces interventions s'intitulait tout simplement : "Les cultures taurines", et était présentée par Frédéric Saumade, ethnologue mentionné sur la fiche d'inventaire de la corrida, et qui avait déjà participé à la fiche d'inventaire sur la course camarguaise. Sans commentaires.
La définition du patrimoine culturel immatériel, telle que présentée par le premier paragraphe de l'article 2 de la Convention de 2003, fait explicitement référence aux "exigences du respect mutuel entre les communautés, les groupes et les individus". La corrida est l'enjeu d'oppositions éthiques extrêmement fortes entre des groupes de pensée, et ne saurait donc, au moins pour cette raison, satisfaire à cette définition.
Le lobby taurin n'a fait que son travail de lobby.
Mais le ministère de la Culture, en sortant de sa nécessaire neutralité sur une question symbolique aussi polémique, a quant à lui commis une lourde erreur.
Beaucoup de Français vont se dire que, décidément, certains fonctionnaires des ministères vivent dans des mondes à part.
Beaucoup de Français ne vont plus se reconnaître dans ce ministère de la Culture.
Et beaucoup de Français vont avoir honte de cette décision auprès des pays étrangers.
Notons que cette initiative d'une commission, dont la légitimité suscite pour le coup des interrogations, n'a rien d'irréversible
Cependant, en définitive, cette décision ubuesque va aider la critique de la corrida à prendre toujours plus d'ampleur. Ce baroud d'honneur (baroud d'horreur serait plus juste) d'un mundillo qui épuise ses dernières cartouches, grâce à un petit clan bien introduit auprès des instances décisionnaires, ne fait qu'accompagner sa déconfiture croissante »
- Convention Vie et Nature communiqué du 23/04 :
« Ce n'est point la torture qui est honorée, mais le gouvernement qui se déshonore. »
Les réactionnaires au pouvoir, (ministère de la culture) font inscrire la corrida au titre du patrimoine immatériel pour la France, à l'UNESCO.
Bien que la corrida soit considérée comme un délit correctionnel sur 90% du territoire national, qu'une immense majorité de contemporains récusent ce spectacle dégradant, que nombre de pays se débarrassent de ce jeu pseudo-culturel, la seule France associe son image à celle de cette torture publique d'un taureau.
Honte au gouvernement français!
L'an prochain, nous appelons tous les amis des animaux, tous les protecteurs de la nature, tous ceux qui pensent que la dignité humaine réside dans la répudiation de la cruauté sanguinaire à se mobiliser électoralement pour chasser du pouvoir ces amateurs d'arènes de la mort.Une telle ignominie impose une sanction politique. CONVENTION VIE ET NATURE